Archive for avril 2010

Le Sénégal, l’indépendance, la musique et l’oncle Sam

avril 29, 2010

Belle offensive de l’ambassade américaine à Dakar qui programme pour le 12 mai un concert gratuit pour « la paix, la tolérance et l’entente » avec le gotha des stars sénégalaises : Dug E-Tee et Didier Awadi du PBS, Titi, Ma Sané, Abdou Guité Seck, Youssou Ndour, Baaba Maal, Omar Pène, Pape Diouf, Mame Balla, Abou Thiouballo, Carlou D, la chorale de Julien Jouga, un groupe de musique islamique (Darou Salam), Dj Xuman, etc.

Pas moins de 60 000 tickets ont été distribués gratuitement, essentiellement dans les lycées et universités, pour remplir le stade Léopold Sédar Senghor et célébrer l’unité nationale  en mettant notamment en avant la diversité religieuse des artistes : « Ce sera la première fois qu’on associera, pour un concert, des rappeurs sénégalais, la chorale chrétienne de Julien Jouga et notre groupe de musique islamique », a ainsi souligné Papa Djimbira Sow, chanteur de la formation religieuse Nourou Salam.

Alors que les pays d’Afrique équatoriale fêtent cette année pour la plupart le cinquantenaire de leur indépendance, cette initiative américaine sur le territoire d’un fleuron de la francophonie est assez habile. D’ailleurs le communiqué de presse annonçant la conférence de presse, nous apprend que ce concert « at home » a été précédé de ceux déjà organisés et réussis au Skirball Center de l’Université de New York et au Cramton Auditorium à Howard University de Washington DC respectivement le 8 et le 12 avril dernier en faveur de la diaspora sénégalaise et de la jeunesse américaine.

Un pavé dans la sacro-sainte zone d’influence et un pied de nez à la diplomatie culturelle française un peu compassée et romantique de l’éminent ambassadeur-écrivain Jean-Christophe Rufin. Une simple visite sur le site de l’ambassade de France au Sénégal permet d’ailleurs de mesurer l’ampleur considérable de l’actualité culturelle d’un des postes les plus prestigieux de notre diplomatie !

Divertissement ou culture, pop « mainstream » ou decorum diplomatique, deux écoles, deux histoires et un cinquantenaire d’indépendance…

L’hymne de l’expo universelle de Shanghai 2010 est un plagiat !

avril 25, 2010

Source : Aujourd’hui la Chine

Les organisateurs de Shanghai 2010 ont demandé a posteriori à une star de la pop japonaise d’utiliser l’une de ses chansons après que des internautes aient découvert de grandes ressemblances avec l’hymne de l’Exposition universelle.

Les organisateurs de Shanghai 2010, désireux de promouvoir l’Exposition universelle et de donner une bonne image de leur ville, n’ont pas lésiné sur les moyens. Sur le modèle de « Beijing welcomes you », l’hymne des J.O 2008, le clip de « Right here waiting for you 2010 », met en scène plusieurs grandes stars chinoises et de nombreux figurants devant les bâtiments emblématiques de l’Exposition. Jackie Chan, le chanteur cantonais Andy Lau et le héros du basket national Yao Ming, tous s’en donnent à cœur joie, reprenant la main sur le cœur cette chanson épique.

Mais après un lancement tonitruant, il n’aura pas fallu longtemps avant que des internautes attentifs fassent le parallèle avec « If you are still in», un hit de la japonaise Mayo Okamoto, daté de 1997. (Voir l’original)

Le buzz a alors commencé à monter sur les forums chinois et les médias japonais se sont également faits l’écho de l’affaire. En réponse, les organisateurs de l’Expo ont donc décidé samedi 17 avril, à presque deux semaines de l’inauguration, de suspendre « temporairement » l’utilisation de la chanson. Dans un communiqué, ils expliquent que « l’auteur de cette chanson a signé un contrat avec l’Exposition universelle, assurant que son travail ne transgressait pas le droit d’auteur d’une tierce partie ». « Nous nous occupons actuellement de cette affaire, et nous nous efforçons de la résoudre », a déclaré pour sa part le directeur adjoint du bureau de l’Exposition, M. Huang Jian, cité par le China Daily.

Ils ont en parallèle demandé à Mayo Okamoto la permission d’utiliser sa chanson, ce qu’elle a accepté, se disant « honorée d’avoir la chance de coopérer avec l’Expo de Shanghai, à laquelle le monde entier s’intéresse » rapporte Kyodo News.

Selon l’agence de presse japonaise, le secrétariat de l’Exposition reconnaît dans sa demande qu’il s’agit de plagiat. Les deux parties doivent prochainement discuter des détails de l’utilisation de la chanson.

Somalie, interdiction des cloches et de la musique

avril 15, 2010

Une dépêche AFP signale qu’un groupe d’islamistes radicaux somaliens, les shebab, a interdit aux écoles de la ville de Jowhar, à 90 km au nord de Mogadiscio, de sonner les cloches marquant le début des cours :

« La cloche qu’ils sonnent pour rassembler les élèves en cours est contraire à l’Islam. Nous savons que sonner les cloches est l’apanage des églises chrétiennes », a déclaré à la presse à Jowhar Cheikh Farah Kalr. Cette mesure, localisée, intervient deux jours après l’expiration d’un ultimatum lancé par un autre groupe d’insurgés islamistes, Hezb al-Islam, interdisant sur les radios de Mogadiscio toute forme de musique, jugée « maléfique ».

Ces deux groupes, qui contrôlent la quasi-totalité du centre et du sud de la Somalie et entendent instaurer un Etat islamique en Somalie sur les bases d’une interprétation très rigoriste de la loi islamique, la Charia.

Ces derniers mois, en divers endroits du pays, des habitants surpris en train de danser sur des musiques traditionnelles ont été fouettés, des hommes arrêtés pour avoir taillé leur barbe et des jeunes réprimandés pour avoir joué au football en short.

La télévision par satellite est proscrite dans de nombreuses régions tandis que les cinémas ont été fermés dans le centre et le sud de la Somalie.

Bob Dylan persona non grata à Pékin

avril 4, 2010

Le pape du protest song est tombé sur un os à Pékin. Le ministère de la culture de l’Empire du milieu n’a pas délivré d’autorisation officielle à quelques jours du concert qu’il s’apprêtait à donner le 8 avril à Pékin dans le cadre d’une tournée asiatique (Hong Kong, Taiwan, Japon, Corée du sud).

Le porte parole Taiwanais de la société de production Brokers Brothers Herald invoque le passé d’icône de la contreculture comme raison officieuse de l’annulation par les autorités chinoises. Un article du Guardian, rappelle le précédant de Björk qui avait proféré quelques slogans pro-tibétains lors d’un concert à Sanghai en mars 2008. Les chinois ont bonne mémoire, il était arrivé la même déconvenue à Oasis qui s’était vu informer fin février 2009 de l’annulation de leur prestation d’avril lors des festivités du 60ème anniversaire de la République populaire car douze ans auparavant, ils avaient eu la mauvaise idée de jouer lors d’un concert de soutien pour le Tibet.

Cette annulation aura raison de la suite de la tournée Never ending Tour en Asie. Espérons pour les européens, que la phase européenne de la tournée sera maintenue en juin 2010.

Lady Gaga et la paix au Proche-orient

avril 2, 2010

Dans un papier du Wall Street Journal au titre un peu décalé, Bret Stephans commente les polémiques récentes qui émaillent les relations israélo-américaine et leur impact sur le conflit israélo-palestinien. L’auteur attire ici l’attention sur le rôle du facteur culturel dans la perception que chaque protagoniste se fait de son vis à vis.

Il y fait donc mention des écrits des années cinquante de l’égyptien Sayyid Qutb, considéré comme un des théoriciens de la nébuleuse islamiste. Etudiant à Chicago, cet intellectuel a produit une somme théologique de trente volumes et passe pour un  des principaux chroniqueurs de la décadence occidentale des trente glorieuses et de son instrumentalisation : « un peuple qui atteint des sommités dans les domaines de la science et du travail, cependant qu’il est au stade primitif dans les domaines des sentiments et du comportement, ne dépassant guère l’état de la première humanité, voir plus bas encore dans certains aspects sentimentaux et comportementaux. », écrit-il.

Dans cette description de la dégénérescence  américaine des années 50, la musique tient une part importante, notamment le jazz, qu’il n’hésite pas à imputer aux « plusions sauvages » des hommes de la savane. La femme américaine concentre aussi l’essentiel de la haine anti-occidentale distillée par Sayyid Qutb, dont Bret Stephans affirme qu’elle constitue une doxa suffisamment répandue pour influencer la perception de l’Occident judéo-chrétien du Waziristan à Tehran et Gaza.

Dans ce contexte, l’auteur s’interroge sur l’influence des frasques des video clips et de l’iconographie kitsch, érotique et dégantée véhiculée par Lady Gaga, immédiatement globalisée par les réseaux satellitaires et internet. Une sorte de soft power inversé et carnavalesque.