Archive for juin 2010

Vuvuzelas, les nouvelles trompettes de Jericho

juin 15, 2010

Etonnante polémique autour des trompes utilisées par les supporters sud-africains pendant les matchs de la coupe du monde ! Médias, sportifs, téléspectateurs semblent au bord de la crise de nerfs tant le son proprement sidérant de 60 000 trompes perturbe les retransmissions télévisées et singulièrement le travail crucial des commentateurs, obligés de s’équiper de micros spéciaux adaptés d’ordinaire aux circuits de Formule 1. Outre le brouillage sonore des médias, c’est bien une véritable perturbation psychologique qui affecte les joueurs eux-mêmes qui ne peuvent plus communiquer entre eux et leur entraineur et qui ressentent surtout un stress objectif engendré par les spectateurs dès que la surface de réparation sud-africaine est approchée.

La Fifa avait demandé de proscrire l’instrument, mais face à l’identification des sud-africains à cet emblème sonore, les organisateurs ont estimé que les émeutes n’étaient pas exclues en cas d’interdiction.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet élément perturbateur qui semble défier la puissance économico-médiatique de masse. En premier lieu, le caractère sidérant du bruit et son réel impact psychologique est à rapprocher des traditions guerrières ancestrales et notamment africaines, où les orchestres traditionnels de trompes abondent. Deuxièmement, le caractère collectif  et extrêmement rudimentaire souligne la puissance des comportements des foules capables d’enrailler la machine technico-médiatique et les considérables enjeux des droits de diffusion. Des filtres anti-vuvuzelas sont même déjà téléchargeables pour tenter d’atténuer le bruit de fond ainsi généré. Enfin, la dimension culturelle et identitaire serait à développer  : « Vous, vous applaudissez. Nous, nous soufflons dans la vuvuzela », affirment les supporters sud-africains. Cette bataille acoustique a fait au moins un heureux en attendant de savoir si elle contribuera à la victoire sud-africaine finale,  Neil Van Schalkwyk, jeune entrepreneur du Cap a eu l’heureuse idée de breveter la vuvuzelas et compte en écouler 80 000. Une excellent arme de perturbation acoustique et aussi un très bon souvenir pour les touristes supporters.

Au sujet du bruit dans l’espace public : Charivari écologique pour le sommet de Copenhague

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Afghan star, l’entertainement chez les Talibans

juin 2, 2010

Un documentaire saisissant et un cas extrême de re-territorialisation d’une forme médiatico-culturelle globale ou l’histoire de l’inculturation du radio crochet télévisé dans le bourbier afghan. Le film d’Havana Marking, se focalise sur quatre finalistes du concours télévisé de chansons et débute par la course de deux enfants en haillons, rentrant visiblement des champs, qui galopent pour rejoindre en retard un groupe de plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents agglutinés à un poste de télévision diffusant la fameuse émission « Afghan Star ».

Rien ne manque dans ces cinquante minutes pour illustrer à la fois l’absurdité de la situation, l’immense espoir déçu de la candidate délurée qui a risqué sa vie, au sens propre, sur un déhanchement un peu prononcé et une chevelure découverte, le kitch improbable des candidats, la ténacité des producteurs décidés, avec une naïveté touchante, à faire de la musique un ciment inter-ethnique, les Ulémas terriblement sourcilleux qui font pression sur Tolo TV pour interdire la danse à la télévision, la musique ayant été de nouveau autorisée en 2004 une fois les Talibans chassés des villes, l’humour des simples bergers dont « même les moutons » ont le ventre noué au moment de la finale, qui sera d’ailleurs suivie par le tiers de la population du pays, soit 11 millions de téléspectateurs.

Si le film n’évoque à aucun moment le modèle économique du concept basé sur le vote pas sms et numéros surtaxés pour le plus grand bénéfice de l’opérateur Roshan, ainsi que la procédure de désignation des vainqueurs qui semble assez peu contrôlée, ce documentaire demeure un témoignage très intéressant, et même à certains égards émouvant, de l’impact de la globalisation culturelle des formats télévisés occidentaux sur un pays très jeune (45% de moins de 14 ans, 17, 6 ans d’âge médian) marqué par des décennies de violence, ainsi que les déplacements produits par de telles formes culturelles dans le paysage religieux, ethnique, musical, sociologique et économique.

Ces qualités n’ont d’ailleurs pas échappé aux théoriciens de la diplomatie publique, puisqu’il a été présenté avec enthousiasme par l’ambassadrice Cynthia Schneider au symposium TEDglobal 2009.

(Royaume Uni , 2008, 52mn), www.afghanstardocumentary.com

ARTE, Date(s) de diffusion: Lun., 7. juin 2010, 09h15

Reprise des hostilités musicales entre les deux Corée

juin 2, 2010

Dans le cadre de la réponse à l’attaque de sa frégate coulée le 26 mars, selon toute vraisemblance par une torpille nord-coréenne, la Corée du sud a, symboliquement, décidé de reprendre ses opérations de propagande le long de la zone démilitarisée après un moratoire de six ans.

Des murs de hauts-parleurs (voir photo DR) ont donc été installés par l’armée pour diffuser au delà de la frontière la plus militarisée de la planète les programmes qui avaient fait les riches heures de la « guerre des mots » entre les deux Corée au début des années 80. Quatre heures quotidiennes d’émission sont donc diffusées depuis le 26 mai 2010 par la voie des airs et la bande FM. Les nord-coréens ont donc pu entendre quelques discours officiels mais surtout une des armes culturelles les plus aiguisées de la Corée du Sud depuis quelques années, à savoir des extraits de K-pop, courant musical désormais mainstream qui inonde toute l’Asie du sud-Est, notamment représenté dans ces programmes de propagande par le girl band 4minute et son tube « Huh« .

De son côté, la Corée du Nord n’est pas en reste sur le plan de la propagande musicale. Le récent documentaire « le socialisme en chantant » de Barbara Necek, François Théry et Paul de Jenlis, est parvenu dernièrement à réaliser un témoignage saisissant sur le rôle politique de la musique en Corée du Nord. Ce documentaire, absolument kafkaïen, montre, malgré la censure absolue (voir les coulisses du tournage) dont il a fait l’objet, l’utilisation tyrannique de la musique à des fins de contrôle des esprits.