Archive for the ‘culture de masse’ Category

Abba tente de sauver le Nation branding suédois

septembre 24, 2010

La réputation mondiale de la Suède passait pour un cas d’école de Nation branding, avec ses Ikea, son système éducatif, son libéralisme, sa tolérance, sa fibre écologiste. Le dernier résultat électoral en date a passablement ternie cette admirable image en donnant une percée historique de l’extrême droite. Mais Abba, le groupe pop planétairement connu icône de la swedish touch, a tenté de sauver la face en interdisant, à grand bruit, au mouvement d’extrême droite Parti du peuple danois d’utiliser son tube Mamma Mia pendant des réunions.

«Nous avons appris que le Parti du peuple danois avait utilisé la chanson Mamma Mia alors qu’Abba interdit que sa musique soit utilisée à des fins politiques», a déclaré un responsable de Universal Music à Stockholm, Olle Rönnbäck. «Nous leur avons dit de cesser immédiatement et le parti nous a répondu qu’il n’utiliserait plus la chanson», a-t-il ajouté. Le parti d’extrême droite utilisait la chanson en modifiant Mamma Mia en Mamma Pia, en l’honneur de son chef Pia Kjaersgaard. La chanson a été jouée au cours de réunions internes dans les bureaux de la direction du parti, et non au cours de réunions publiques, mais Abba a considéré qu’il y avait néanmoins un contexte politique. Olle Rönnbäck a assuré que le parti, contacté par e-mail, avait immédiatement reconnu sa faute et s’était excusé. De son côté, Universal considère l’affaire comme classée, a-t-il ajouté.Abba connut une renommée mondiale en remportant le concours Eurovision de la chanson en 1974 avec Waterloo. En mars dernier le groupe suédois est entré au Rock and Roll Hall of Fame de New York.

(Source AFP)

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Dance battle dans les rues d’Ebron

juillet 17, 2010

Dernier buzz en date, une dance party d’une patrouille israélienne dans les rues d’Ebron. Sur le hit Tik Tok de Ke$ha, six militaires israéliens se trémoussent assez maladroitement, filmé d’un balcon par un de leur co-religionnaire. Visionnée plusieurs millions de fois sur les différentes plateformes de videos en ligne, cette saynète débute cependant en fond sonore par un appel à la prière alors que la patrouille s’avance prudemment dans une rue déserte avant d’enchainer sur le tube et la chorégraphie volontairement grotesque des militaires. Cette blague d’éléments désœuvrés par la situation sécuritaire plutôt calme selon les portes-parole militaires, a cependant soulevé une vague de protestations au moment où sont rendus publics les résultats de l’enquête sur les conditions dans lesquelles la marine a lancé l’assaut contre une flottille étrangère faisant route vers Gaza, le 31 mai.

Alors que la notoriété de cette vidéo s’amplifiait dans la presse internationale, le sérieux quotidien Haaretz, s’est fait l’écho de l’image provocatrice donnée par les Forces de Défense d’Israël (IDF) et annonce des sanctions pour les militaires. Le Colonel Amir Abulafia, commandant de la brigade Benjamin aurait personnellement sanctionné les deux officiers responsables. Pourtant, les videos amateurs de militaires en opération associant musique et guerre, ne sont pas rares et l’on peut se demander dans quelle mesure elles ne participent pas à des opérations de déception de l’ennemi en soulignant par l’association paradoxale de la fête et des opérations armées la supériorité du morale des troupes du vainqueur et de l’occupant sur le vaincu. Israël brille depuis longtemps à ce sujet notamment par la mise en avant de la gente féminine militaire dans ces opérations de propagande en ligne sur le mode du mythe des Amazones.

Certes, moins meurtrière que des combats de rue, la video israélienne a connu une réplique par les palestiniens d’Ebron, cette fois sur un tube de Lady Gaga avec une variante chorégraphique, puisque le show ce termine par le mime d’une fouille au corps et d’une arrestation. De la contre-insurrection à la contre-danse, il n’y a qu’un pas !

Vuvuzelas, les nouvelles trompettes de Jericho

juin 15, 2010

Etonnante polémique autour des trompes utilisées par les supporters sud-africains pendant les matchs de la coupe du monde ! Médias, sportifs, téléspectateurs semblent au bord de la crise de nerfs tant le son proprement sidérant de 60 000 trompes perturbe les retransmissions télévisées et singulièrement le travail crucial des commentateurs, obligés de s’équiper de micros spéciaux adaptés d’ordinaire aux circuits de Formule 1. Outre le brouillage sonore des médias, c’est bien une véritable perturbation psychologique qui affecte les joueurs eux-mêmes qui ne peuvent plus communiquer entre eux et leur entraineur et qui ressentent surtout un stress objectif engendré par les spectateurs dès que la surface de réparation sud-africaine est approchée.

La Fifa avait demandé de proscrire l’instrument, mais face à l’identification des sud-africains à cet emblème sonore, les organisateurs ont estimé que les émeutes n’étaient pas exclues en cas d’interdiction.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet élément perturbateur qui semble défier la puissance économico-médiatique de masse. En premier lieu, le caractère sidérant du bruit et son réel impact psychologique est à rapprocher des traditions guerrières ancestrales et notamment africaines, où les orchestres traditionnels de trompes abondent. Deuxièmement, le caractère collectif  et extrêmement rudimentaire souligne la puissance des comportements des foules capables d’enrailler la machine technico-médiatique et les considérables enjeux des droits de diffusion. Des filtres anti-vuvuzelas sont même déjà téléchargeables pour tenter d’atténuer le bruit de fond ainsi généré. Enfin, la dimension culturelle et identitaire serait à développer  : « Vous, vous applaudissez. Nous, nous soufflons dans la vuvuzela », affirment les supporters sud-africains. Cette bataille acoustique a fait au moins un heureux en attendant de savoir si elle contribuera à la victoire sud-africaine finale,  Neil Van Schalkwyk, jeune entrepreneur du Cap a eu l’heureuse idée de breveter la vuvuzelas et compte en écouler 80 000. Une excellent arme de perturbation acoustique et aussi un très bon souvenir pour les touristes supporters.

Au sujet du bruit dans l’espace public : Charivari écologique pour le sommet de Copenhague

We are the world 25, l’art du remake

février 25, 2010

Sans faire de mauvais esprit à outrance, force est de constater que l’intervention humanitaire américaine à Haïti suite au tremblement de terre n’est pas totalement dénuée d’intérêt géostratégique, comme en témoigne cet article du sérieux Washington Post. Qu’il s’agisse de déploiement militaire, d’outils de diplomatie publique (le site 2010 Earthquake in Haiti) ou de prosélytisme des ONG religieuses, le dispositif de sauvetage d’Haiti par le grand frère américain force le respect.

Le remake, 25 ans après, du fameux « We are the world » s’inscrit dans ce contexte  de mélange de bons sentiments, de géopolitique et de buisness. Le clip réactualisé avec le gotha de l’entertainement américain est d’une étrange conformité par rapport à l’original. Une tradition, voire un rite, s’instituerait-il ?  Même image du melting pot américain, même métaphore du leadership américain sublimé par l’hymnodie, et pour tout dire même sentiment religieux et congrégationniste qui se dégage de ces plans hyper-redondants assez clairement inspirés du télévangélisme. Musicalement, il serait intéressant de comparer la facture musicale et textuelle de « We are the world » avec le répertoire musical de worship évangélique.

Trois éléments sont cependant à remarquer dans ce remake. En premier lieu, « l’apparition » de Mickaël Jackson comme figure tutélaire et inspiratrice, l’insertion dans le clip de plans enregistrés à Haïti où les victimes communient vocalement avec les stars américaines et enfin l’ombre tournoyante des hélicoptères des Marines dont on ne sait pas très bien si cette allégorie du hard power est là pour rassurer ou inquiéter.

Charivari écologique pour le sommet de Copenhague

décembre 6, 2009

Ce 5 décembre, à l’approche du sommet de Copenhague, un collectif de 11 associations écologistes ont renoué avec la vieille tradition du charivari, qui consiste à occuper l’espace sonore publique. Ainsi, des flash mob ont été convoquées à travers le monde à 12h18 (retournement du 18/12 date de clôture du sommet) pour « faire du bruit pour le climat » avec grand renfort de casseroles et autres ustensiles.

Une occasion pour évoquer l’importance de ce rite carnavalesque qui consistait au Moyen Age à huer publiquement des veufs, des veuves ou des nouveaux mariés. L’étymologie du mot, attesté dès le début du XIVème siècle, se rapporte au mal de tête (caribaria). Le terme « noise » du moyen français associe le bruit à la querelle et la protestation par diverses expressions encore en cours comme « chercher des noises à quelqu’un ». C’est aussi la racine de « noise » an anglais.

On se rappellera une illustration étonnante de l’association entre bruit et violence sociale notamment avec la fameuse révolution des casseroles qui ébranla l’Argentine en 2001-2002.

Si la littérature ethnologique est assez abondante sur le lien entre le charivari et les rites de remariages, l’intrusion du bruit comme mode d’expression sur la scène internationale et dans la globalisation culturelle (par exemple, la campagne « make some noise » d’Amnesty international pour le Darfour en 2007) reste encore à étudier.

L’ONU réédite ‘Give peace a chance’ de Lennon

novembre 4, 2009

Presse-papiers-6Les fils du chanteur des Beatles John Lennon et sa veuve Yoko Ono ont offert de verser le produit des ventes de la réédition de la chanson « Give peace a chance » au Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, a annoncé mardi le président de le Commission de consolidation de la paix (CCP), Heraldo Muñoz.

A l’occasion de la célébration du quarantième anniversaire de la sortie de cette chanson, Yoko Ono et son groupe le Plastic Ono Band ont enregistré une nouvelle version de la chanson coécrite par elle-même et John Lennon en 1969 en signe de protestation contre la guerre du Viet Nam.

La chanson fut enregistrée à Montréal le 1er juin 1969, lors du fameux Bed-in tenu dans une chambre de l’hôtel Reine Elisabeth. Depuis sa parution, la chanson est devenue l’hymne pacifiste d’une génération, notamment le 15 octobre 1969, à Washington, quand elle fut chantée par près d’un demi-million de manifestants contre la guerre du Vietnam.

M. Muñoz a expliqué que le public pourrait acheter et télécharger « Give peace a chance » en exclusivité sur le site commercial d’Apple et que le produit de la vente ira directement au Fonds, et ce jusqu’au 31 décembre 2009, a-t-il précisé.

« Je suis ravi qu’une chanson si intimement liée à la paix donne un coup de projecteur sur les efforts de maintien de la paix de l’ONU et apporte un appui financier aux projets du CCP », a dit M. Muñoz.

Il a rendu hommage à Yoko Ono, « une amie de longue date de la paix dans le monde et des Nations Unies ». Il a indiqué que ce don, « dont il est difficile d’anticiper le montant », résultait de la volonté de la Commission de frapper à d’autres portes qu’à celle des États Membres pour mobiliser des fonds.

Depuis sa création en 2005, la CCP appuie la reconstruction et le développement de quatre pays sortant d’un conflit, la Sierra Leone, le Burundi, la République centrafricaine et la Guinée-Bissau. Le Fonds de consolidation de la paix, qui a déjà levé plus de 300 millions de dollars, apporte en outre une aide significative à 14 pays au total, dont le Kenya, Haïti, le Népal ou encore la Côte d’Ivoire.

M. Munoz a insisté sur la nécessité d’aider ces pays à prévenir la reprise du conflit, car « un pays post conflit sur trois dont est saisi le Conseil de sécurité replonge dans la guerre cinq ans après la signature d’un accord de paix ».

Selon lui, il est « essentiel » que des personnalités de l’envergure de Yoko Ono s’engagent pour attirer l’attention vers des pays en transition qui ne font plus les gros titres de la presse.

Source : Centre d’actualité de l’ONU

Les Paul, le créateur de l’emblême universel du rock ‘n roll

août 15, 2009

les paulCoca Cola a sa bouteille, Mac Donald son hamburger, le rock ‘n roll sa guitare électrique… Gibson Les Paul (ou éventuellement la stratocaster de la marque ennemie Fender, avec Eric Clapton comme principal VRP).

La disparition de l’éminent guitariste Les Paul à l’âge respectable de 94 ans (comme quoi toutes les icônes du rock n’ont pas de mort tragique prématurée), nous rappelle combien la culture musicale contemporaine est liée à l’industrialisation et la reproduction à grande échelle d’objets bon marché déclinés en séries plus ou moins limitées.

Quel meilleur exemple, alors que l’on commémore en grandes pompes les 40 ans de Woodstock, pour nous rappeler que la soit disante subversion du rock est en fait totalement articulée à la plus mécanique et industrielle reproduction et commercialisation mondiale d’objet de consommation.

Par un paradoxe étonnant, la guitare électrique, objet transitionnel par excellence des premières générations adolescentes, associe l’image de liberté et de transgression avec l’aliénation à la technologie, le consumérisme et le conformisme culturel de masse.

D’ailleurs, est-ce une volonté de la marque Gibson et une campagne de relations presse particulièrement soignée, mais on semble ne retenir malheureusement de Les Paul que sa paternité de l’objet plutôt que son talent de musicien.