Archive for the ‘Etats Unis / USA’ Category

Country, Islam et diplomatie publique

mai 22, 2010

Il y a un mois, le 23 avril, le bureau du porte-parole du département d’État américain annonçait la première tournée d’un artiste de country musulman au Moyen Orient. Kareem Salama, le nouvel ambassadeur culturel américain au Moyen Orient, vient en effet d’achever une tournée en Egypte, Maroc, Koweit, Bahrein, Syrie, « Jérusalem » et Jordanie. Le département d’État explique que dans le sillage du discours du Caire d’Obama, ses services s’emploient à promouvoir un jeune artiste musulman porteur de la culture américaine :

The Kareem Salama Tour is designed to bring to audiences in the Middle East a rising American musical talent, representative of America’s diversity of faith and heritage, who can serve as a bridge between Americans and the peoples of the Middle East. Funding for the tour is being provided by the State Department’s Bureau of Educational and Cultural Affairs and the Bureau of Near Eastern Affairs’ Office of Press and Public Diplomacy.

La machine de diplomatie publique a tourné à plein régime puisque cette tournée a bénéficié de la couverture des principaux network, dont CNN et ABC

Le Sénégal, l’indépendance, la musique et l’oncle Sam

avril 29, 2010

Belle offensive de l’ambassade américaine à Dakar qui programme pour le 12 mai un concert gratuit pour « la paix, la tolérance et l’entente » avec le gotha des stars sénégalaises : Dug E-Tee et Didier Awadi du PBS, Titi, Ma Sané, Abdou Guité Seck, Youssou Ndour, Baaba Maal, Omar Pène, Pape Diouf, Mame Balla, Abou Thiouballo, Carlou D, la chorale de Julien Jouga, un groupe de musique islamique (Darou Salam), Dj Xuman, etc.

Pas moins de 60 000 tickets ont été distribués gratuitement, essentiellement dans les lycées et universités, pour remplir le stade Léopold Sédar Senghor et célébrer l’unité nationale  en mettant notamment en avant la diversité religieuse des artistes : « Ce sera la première fois qu’on associera, pour un concert, des rappeurs sénégalais, la chorale chrétienne de Julien Jouga et notre groupe de musique islamique », a ainsi souligné Papa Djimbira Sow, chanteur de la formation religieuse Nourou Salam.

Alors que les pays d’Afrique équatoriale fêtent cette année pour la plupart le cinquantenaire de leur indépendance, cette initiative américaine sur le territoire d’un fleuron de la francophonie est assez habile. D’ailleurs le communiqué de presse annonçant la conférence de presse, nous apprend que ce concert « at home » a été précédé de ceux déjà organisés et réussis au Skirball Center de l’Université de New York et au Cramton Auditorium à Howard University de Washington DC respectivement le 8 et le 12 avril dernier en faveur de la diaspora sénégalaise et de la jeunesse américaine.

Un pavé dans la sacro-sainte zone d’influence et un pied de nez à la diplomatie culturelle française un peu compassée et romantique de l’éminent ambassadeur-écrivain Jean-Christophe Rufin. Une simple visite sur le site de l’ambassade de France au Sénégal permet d’ailleurs de mesurer l’ampleur considérable de l’actualité culturelle d’un des postes les plus prestigieux de notre diplomatie !

Divertissement ou culture, pop « mainstream » ou decorum diplomatique, deux écoles, deux histoires et un cinquantenaire d’indépendance…

Bob Dylan persona non grata à Pékin

avril 4, 2010

Le pape du protest song est tombé sur un os à Pékin. Le ministère de la culture de l’Empire du milieu n’a pas délivré d’autorisation officielle à quelques jours du concert qu’il s’apprêtait à donner le 8 avril à Pékin dans le cadre d’une tournée asiatique (Hong Kong, Taiwan, Japon, Corée du sud).

Le porte parole Taiwanais de la société de production Brokers Brothers Herald invoque le passé d’icône de la contreculture comme raison officieuse de l’annulation par les autorités chinoises. Un article du Guardian, rappelle le précédant de Björk qui avait proféré quelques slogans pro-tibétains lors d’un concert à Sanghai en mars 2008. Les chinois ont bonne mémoire, il était arrivé la même déconvenue à Oasis qui s’était vu informer fin février 2009 de l’annulation de leur prestation d’avril lors des festivités du 60ème anniversaire de la République populaire car douze ans auparavant, ils avaient eu la mauvaise idée de jouer lors d’un concert de soutien pour le Tibet.

Cette annulation aura raison de la suite de la tournée Never ending Tour en Asie. Espérons pour les européens, que la phase européenne de la tournée sera maintenue en juin 2010.

Lady Gaga et la paix au Proche-orient

avril 2, 2010

Dans un papier du Wall Street Journal au titre un peu décalé, Bret Stephans commente les polémiques récentes qui émaillent les relations israélo-américaine et leur impact sur le conflit israélo-palestinien. L’auteur attire ici l’attention sur le rôle du facteur culturel dans la perception que chaque protagoniste se fait de son vis à vis.

Il y fait donc mention des écrits des années cinquante de l’égyptien Sayyid Qutb, considéré comme un des théoriciens de la nébuleuse islamiste. Etudiant à Chicago, cet intellectuel a produit une somme théologique de trente volumes et passe pour un  des principaux chroniqueurs de la décadence occidentale des trente glorieuses et de son instrumentalisation : « un peuple qui atteint des sommités dans les domaines de la science et du travail, cependant qu’il est au stade primitif dans les domaines des sentiments et du comportement, ne dépassant guère l’état de la première humanité, voir plus bas encore dans certains aspects sentimentaux et comportementaux. », écrit-il.

Dans cette description de la dégénérescence  américaine des années 50, la musique tient une part importante, notamment le jazz, qu’il n’hésite pas à imputer aux « plusions sauvages » des hommes de la savane. La femme américaine concentre aussi l’essentiel de la haine anti-occidentale distillée par Sayyid Qutb, dont Bret Stephans affirme qu’elle constitue une doxa suffisamment répandue pour influencer la perception de l’Occident judéo-chrétien du Waziristan à Tehran et Gaza.

Dans ce contexte, l’auteur s’interroge sur l’influence des frasques des video clips et de l’iconographie kitsch, érotique et dégantée véhiculée par Lady Gaga, immédiatement globalisée par les réseaux satellitaires et internet. Une sorte de soft power inversé et carnavalesque.

We are the world 25, l’art du remake

février 25, 2010

Sans faire de mauvais esprit à outrance, force est de constater que l’intervention humanitaire américaine à Haïti suite au tremblement de terre n’est pas totalement dénuée d’intérêt géostratégique, comme en témoigne cet article du sérieux Washington Post. Qu’il s’agisse de déploiement militaire, d’outils de diplomatie publique (le site 2010 Earthquake in Haiti) ou de prosélytisme des ONG religieuses, le dispositif de sauvetage d’Haiti par le grand frère américain force le respect.

Le remake, 25 ans après, du fameux « We are the world » s’inscrit dans ce contexte  de mélange de bons sentiments, de géopolitique et de buisness. Le clip réactualisé avec le gotha de l’entertainement américain est d’une étrange conformité par rapport à l’original. Une tradition, voire un rite, s’instituerait-il ?  Même image du melting pot américain, même métaphore du leadership américain sublimé par l’hymnodie, et pour tout dire même sentiment religieux et congrégationniste qui se dégage de ces plans hyper-redondants assez clairement inspirés du télévangélisme. Musicalement, il serait intéressant de comparer la facture musicale et textuelle de « We are the world » avec le répertoire musical de worship évangélique.

Trois éléments sont cependant à remarquer dans ce remake. En premier lieu, « l’apparition » de Mickaël Jackson comme figure tutélaire et inspiratrice, l’insertion dans le clip de plans enregistrés à Haïti où les victimes communient vocalement avec les stars américaines et enfin l’ombre tournoyante des hélicoptères des Marines dont on ne sait pas très bien si cette allégorie du hard power est là pour rassurer ou inquiéter.

Les stars cubaines de retour aux Etats Unis

décembre 6, 2009

Même si la tournée cubaine du Boston Symphony Orchestra a été annulée début novembre, l’administration Obama semble tenir sa parole de rouvrir l’accès au sol américain pour les stars musicales cubaines.

L’agence Reuters annonce ainsi une véritable invasion musicale dans les prochains mois : Omara Portuondo se produira à Las Vegas, suivi de Septeto Nacional, à New York, Los Angeles, Chicago et Miami, Carlos Varela est programmé pour une tournée de trois semaines et devrait rencontrer des officiels de la Maison blanche et deux membres du Congrès. Enfin, David Calzado et son groupe Charanga Habanera, se rendront à Miami pour un concert pour les fêtes de fin d’année.

Avec une population de 44 millions d’hispaniques et l’engouement pour la musique cubaine, les producteurs se frottent les mains : l’ensemble de ces tournées affichent complet malgré l’incertitude qui pèse sur des empêchements politico-culturels de dernières minutes.

Petite réciprocité et entorse à l’embargo draconien de 47 ans, Kool & The Gang a obtenu l’autorisation de jouer à Cuba du 19 au 22 décembre 2009.

Légende de la photo :

the Buena Vista Social Club album, was recorded at EGREM studios in Havana, Cuba. The picture above shows Ibrahim Ferrer (left) and Omara Portuondo (right) duetting on ‘Silencio’.

Détail de la tournée d’Omara Portuondo

Wynton Marsalis décoré de la Légion d’Honneur

octobre 19, 2009

Presse-papiers-4Le célèbre trompettiste Wynton Marsalis recevra le 6 novembre la Légion d’Honneur au service culturel de l’ambassade de France à New York.

Habitué des scènes françaises, le trompettiste de renommée internationale, a déjà été gratifié du Prix Pulitzer in music et de neuf Grammy Awards.

Cette décoration intervient dans le cadre d’un profond renouveau de la présence culturelle française outre-atlantique, notamment avec des programmes phare comme les French culture Nights.

Contrordre : Le New York Philamonic n’ira pas à Cuba !

octobre 3, 2009

Presse-papiers-36Finalement le projet inédit de concerts à Cuba par le New York Philarmonic tombe à l’eau.

Malgré le soutien de 150 patrons prêts à payer 10 000 dollars leur place, et la prise de position public du vice-président, les autorités américaines ont refusé d’assouplir l’embargo à destination de l’Ile.

Les généreux donateurs n’ont pas reçu de la part du département du Trésor américain l’autorisation de se rendre à Cuba, alors que cette permission avait été accordée pour la Corée du Nord en 2008.

« The orchestra had been granted a license to travel under the category of « professional performance, » explained the orchestra’s spokesman, Eric Latzky, but has not been able to receive permission to include its patrons in that license. « Without the support of this group, the trip can’t be financed, » Latzky said. « We are asking the Treasury Department to consider how it might be possible » for the Philharmonic to bring its donors with it to Cuba, he said. « We believe that the rules provide some leeway and that the group of essential supporters could be included in this license, and that’s what we’re asking the Department of Treasury to consider. » The orchestra had been making arrangements to perform two concerts in Havana since early July. » Source

Le New York Philamonic à Cuba en octobre

septembre 28, 2009

Presse-papiers-32Après la Corée du Nord en février 2008, le New York Philarmonic Orchestra s’apprête à se produire à La Havane les 31 octobre et 1er novembre prochains.

Ces concerts ont nécessité l’implication politique au plus haut niveau, puisqu’il a fallu que l’administration Obama lève à cette occasion le draconien embargo sur l’île. Le vice-président, Joe Biden lui-même, pour bien souligner l’importance de cet évènement s’est exprimé cet été dans la presse new-yorkaise, qualifiant de « merveilleux projet » cette initiative, soutenu aussi par l’ensemble des élus de New York.

L’orchestre américain ne sera pas la première institution culturelle occidentale à participer à l’ouverture politique de Cuba depuis l’avènement de Raùl Castro. Cet été, le balais royal britannique avait foulé le sol cubain, trente ans après le Bolshoï.

La performance de Pyongyang et celle de l’orchestre philharmonique de Pékin au Vatican, l’an passé, et ce double feu vert cubain et américain à cette nouvelle mission d’ouverture diplomatique du New York Philamonic, conduit par son jeune chef Alan Gilbert (42 ans), s’inscrit dans la grande tradition du rôle des orchestres symphoniques dans le jeu international.

« Marching band », l’élection d’Obama en fanfare !

août 16, 2009

Presse-papiers-32Automne 2008, à 50 jours de l’élection du 44ème Président des États-Unis. Au sein des campus, les emblèmes sonores des universités américaines,  les fameux Marching Band vibrent à l’unisson de la campagne électorale.

Ce documentaire époustouflant, nous fait suivre les ultimes semaines avant l’élection d’Obama par le prisme de deux orchestres d’universités de Virginie, un des célèbres twin-state qui ont « fait » l’élection.

Un film quasi ethnographique pour comprendre les Etats Unis, la « religion civique » (plus que l’engagement politique), la place de la musique dans l’espace publique américain et le délire démonstratif des marching band où le populaire et l’anti-conformisme le dispute au plus grand professionnalisme.

Le projet est servi par une réalisation (et une prise de son !) exemplaire malgré le jeune âge des co-réalisateurs, Héléna Cotinier et Pierre Nicolas Durand sous la houlette de Claude Miller, qui s’étaient déjà illustrés par leur documentaire sur une école de musique en territoire palestinien : It’s not a gun.

Bande annonce de Marching Band