Archive for the ‘globalisation culturelle’ Category

Afghan star, l’entertainement chez les Talibans

juin 2, 2010

Un documentaire saisissant et un cas extrême de re-territorialisation d’une forme médiatico-culturelle globale ou l’histoire de l’inculturation du radio crochet télévisé dans le bourbier afghan. Le film d’Havana Marking, se focalise sur quatre finalistes du concours télévisé de chansons et débute par la course de deux enfants en haillons, rentrant visiblement des champs, qui galopent pour rejoindre en retard un groupe de plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents agglutinés à un poste de télévision diffusant la fameuse émission « Afghan Star ».

Rien ne manque dans ces cinquante minutes pour illustrer à la fois l’absurdité de la situation, l’immense espoir déçu de la candidate délurée qui a risqué sa vie, au sens propre, sur un déhanchement un peu prononcé et une chevelure découverte, le kitch improbable des candidats, la ténacité des producteurs décidés, avec une naïveté touchante, à faire de la musique un ciment inter-ethnique, les Ulémas terriblement sourcilleux qui font pression sur Tolo TV pour interdire la danse à la télévision, la musique ayant été de nouveau autorisée en 2004 une fois les Talibans chassés des villes, l’humour des simples bergers dont « même les moutons » ont le ventre noué au moment de la finale, qui sera d’ailleurs suivie par le tiers de la population du pays, soit 11 millions de téléspectateurs.

Si le film n’évoque à aucun moment le modèle économique du concept basé sur le vote pas sms et numéros surtaxés pour le plus grand bénéfice de l’opérateur Roshan, ainsi que la procédure de désignation des vainqueurs qui semble assez peu contrôlée, ce documentaire demeure un témoignage très intéressant, et même à certains égards émouvant, de l’impact de la globalisation culturelle des formats télévisés occidentaux sur un pays très jeune (45% de moins de 14 ans, 17, 6 ans d’âge médian) marqué par des décennies de violence, ainsi que les déplacements produits par de telles formes culturelles dans le paysage religieux, ethnique, musical, sociologique et économique.

Ces qualités n’ont d’ailleurs pas échappé aux théoriciens de la diplomatie publique, puisqu’il a été présenté avec enthousiasme par l’ambassadrice Cynthia Schneider au symposium TEDglobal 2009.

(Royaume Uni , 2008, 52mn), www.afghanstardocumentary.com

ARTE, Date(s) de diffusion: Lun., 7. juin 2010, 09h15

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L’hymne de l’expo universelle de Shanghai 2010 est un plagiat !

avril 25, 2010

Source : Aujourd’hui la Chine

Les organisateurs de Shanghai 2010 ont demandé a posteriori à une star de la pop japonaise d’utiliser l’une de ses chansons après que des internautes aient découvert de grandes ressemblances avec l’hymne de l’Exposition universelle.

Les organisateurs de Shanghai 2010, désireux de promouvoir l’Exposition universelle et de donner une bonne image de leur ville, n’ont pas lésiné sur les moyens. Sur le modèle de « Beijing welcomes you », l’hymne des J.O 2008, le clip de « Right here waiting for you 2010 », met en scène plusieurs grandes stars chinoises et de nombreux figurants devant les bâtiments emblématiques de l’Exposition. Jackie Chan, le chanteur cantonais Andy Lau et le héros du basket national Yao Ming, tous s’en donnent à cœur joie, reprenant la main sur le cœur cette chanson épique.

Mais après un lancement tonitruant, il n’aura pas fallu longtemps avant que des internautes attentifs fassent le parallèle avec « If you are still in», un hit de la japonaise Mayo Okamoto, daté de 1997. (Voir l’original)

Le buzz a alors commencé à monter sur les forums chinois et les médias japonais se sont également faits l’écho de l’affaire. En réponse, les organisateurs de l’Expo ont donc décidé samedi 17 avril, à presque deux semaines de l’inauguration, de suspendre « temporairement » l’utilisation de la chanson. Dans un communiqué, ils expliquent que « l’auteur de cette chanson a signé un contrat avec l’Exposition universelle, assurant que son travail ne transgressait pas le droit d’auteur d’une tierce partie ». « Nous nous occupons actuellement de cette affaire, et nous nous efforçons de la résoudre », a déclaré pour sa part le directeur adjoint du bureau de l’Exposition, M. Huang Jian, cité par le China Daily.

Ils ont en parallèle demandé à Mayo Okamoto la permission d’utiliser sa chanson, ce qu’elle a accepté, se disant « honorée d’avoir la chance de coopérer avec l’Expo de Shanghai, à laquelle le monde entier s’intéresse » rapporte Kyodo News.

Selon l’agence de presse japonaise, le secrétariat de l’Exposition reconnaît dans sa demande qu’il s’agit de plagiat. Les deux parties doivent prochainement discuter des détails de l’utilisation de la chanson.

Bob Dylan persona non grata à Pékin

avril 4, 2010

Le pape du protest song est tombé sur un os à Pékin. Le ministère de la culture de l’Empire du milieu n’a pas délivré d’autorisation officielle à quelques jours du concert qu’il s’apprêtait à donner le 8 avril à Pékin dans le cadre d’une tournée asiatique (Hong Kong, Taiwan, Japon, Corée du sud).

Le porte parole Taiwanais de la société de production Brokers Brothers Herald invoque le passé d’icône de la contreculture comme raison officieuse de l’annulation par les autorités chinoises. Un article du Guardian, rappelle le précédant de Björk qui avait proféré quelques slogans pro-tibétains lors d’un concert à Sanghai en mars 2008. Les chinois ont bonne mémoire, il était arrivé la même déconvenue à Oasis qui s’était vu informer fin février 2009 de l’annulation de leur prestation d’avril lors des festivités du 60ème anniversaire de la République populaire car douze ans auparavant, ils avaient eu la mauvaise idée de jouer lors d’un concert de soutien pour le Tibet.

Cette annulation aura raison de la suite de la tournée Never ending Tour en Asie. Espérons pour les européens, que la phase européenne de la tournée sera maintenue en juin 2010.

Lady Gaga et la paix au Proche-orient

avril 2, 2010

Dans un papier du Wall Street Journal au titre un peu décalé, Bret Stephans commente les polémiques récentes qui émaillent les relations israélo-américaine et leur impact sur le conflit israélo-palestinien. L’auteur attire ici l’attention sur le rôle du facteur culturel dans la perception que chaque protagoniste se fait de son vis à vis.

Il y fait donc mention des écrits des années cinquante de l’égyptien Sayyid Qutb, considéré comme un des théoriciens de la nébuleuse islamiste. Etudiant à Chicago, cet intellectuel a produit une somme théologique de trente volumes et passe pour un  des principaux chroniqueurs de la décadence occidentale des trente glorieuses et de son instrumentalisation : « un peuple qui atteint des sommités dans les domaines de la science et du travail, cependant qu’il est au stade primitif dans les domaines des sentiments et du comportement, ne dépassant guère l’état de la première humanité, voir plus bas encore dans certains aspects sentimentaux et comportementaux. », écrit-il.

Dans cette description de la dégénérescence  américaine des années 50, la musique tient une part importante, notamment le jazz, qu’il n’hésite pas à imputer aux « plusions sauvages » des hommes de la savane. La femme américaine concentre aussi l’essentiel de la haine anti-occidentale distillée par Sayyid Qutb, dont Bret Stephans affirme qu’elle constitue une doxa suffisamment répandue pour influencer la perception de l’Occident judéo-chrétien du Waziristan à Tehran et Gaza.

Dans ce contexte, l’auteur s’interroge sur l’influence des frasques des video clips et de l’iconographie kitsch, érotique et dégantée véhiculée par Lady Gaga, immédiatement globalisée par les réseaux satellitaires et internet. Une sorte de soft power inversé et carnavalesque.

Hyper-concert pour la paix à Pékin en avril

janvier 17, 2010

Mise à jour 4 avril : report du concert pour la paix en octobre 2010

Le buzz commence à se répandre : Rick Garson un des principaux producteurs américains, entre autres du World Music Awards, annonce un concert pour la paix hors norme à Pékin le 17 avril prochain. L’affiche serait à la hauteur de l’évènement mondial avec la venue confirmée de Jimmy Page et de stars comme Beyoncé, Coldplay Green Day, Kanye West, ou encore Lady Gaga. Le mega-show se tiendrait dans le fameux stade national de Pékin en nid d’oiseau, sans doute plus douillet que les vastes espaces venteux de la place Tiananmen.

Les 50 000 tickets seraient gratuits mais les retombées des droits télévisuels sont d’ores et déjà annoncées comme faramineuses pour un évènement qui peut espérer dépasser le milliard de téléspectateurs.

Malgré les superlatifs déjà employés par la presse américaine, les autorités de Pékin, en terme de gigantisme en ont vu d’autres. Elles n’avaient pas hésité une seconde à annuler une tournée d’Oasis en 1997 pour suspicion de pro-tibétisme d’un des membres.

Rock Garson veut croire, sans doute avec raison, que les temps ont changé. En effet, la Chine a montré comment elle a su tirer les leçons des bénéfices de ce genre de manifestations en terme d’image.

« We’re doing it to raise global awareness of what good is coming out of China. [The government is] looking at this as the branding of the new China: red China going green. »

Le concept de Garson, chef d’œuvre de bons sentiments se résume à la formule : Peace = Green + No War + Water + Food + Health + Education, et s’accomode assez bien de la stratégie de soft power du régime chinois qui devient après les JO de Pékin de 2008, l’exposition universelle de Shanghaï un des principaux pôles de la culture globalisée du sport, de l’innovation et de l’entertainement.

Le glas pour le climat

décembre 9, 2009

Alarm, Hope, Action

Après les charivari écologistes, une autre initiative sonore non moins intéressante se déroulera à l’occasion du sommet de Copenhague à travers le monde le 13 décembre.

Le conseil œcuménique des églises appelle les lieux de cultes du monde à sonner les cloches (le glas sans doute ?) au moment du « paroxysme » du sommet international le dimanche 13 décembre 15h. Et pas simplement une petite sonnerie, mais 350 coups en écho aux 350 particules par millions (ppm) de CO2, quantité limite pour l’atmosphère terrestre.

Nous espérons obtenir une chaîne de carillons et de prières s’étendant dans le temps depuis les Iles Fidji, dans le Pacifique Sud – là où la journée commence et où les effets des changements climatiques se font déjà ressentir aujourd’hui – jusqu’à l’Europe du Nord et à travers le reste du monde.

A cette occasion, rappelons que la symbolique de la cloche est extrêmement riche dans le temps et l’espace, notamment par son lien avec la géographie et la territorialité des sons. Instrument divin par excellence, la cloche fait en effet entendre la pureté naturelle du son en ce qu’il se rapporte à la fameuse harmonie universelle aristotélicienne. Sur cette signification religieuse Orient et Occident se rejoignent d’ailleurs en une parfaite… harmonie.

La capacité de fondre des cloches est souvent associée au pouvoir suprême en associant la maitrise du métal (L’Empereur chinois  Huángdì fait fondre douze cloches, vers l’an 2260 av. J.-C.) et celle de fabriquer des armes avec la fonction sacerdotale d’entrer en résonance avec le divin (Le grand prêtre Aaron portait, d’après la Bible, une tunique au bas de laquelle se balançaient des clochettes d’or).

Maitrise de la fonte des métaux et de la violence, fonction sacerdotale, maitrise du territoire physique et contrôle du temps, sont autant de fonctions anthropologiques symbolisées par cet instrument.

Gageons que cette sonnerie globale n’éloigne pas seulement la foudre divine mais sidère les délégués au sommet de Copenhague pour éviter l’apocalypse climatique tant annoncée !