Archive for the ‘pop culture’ Category

Abba tente de sauver le Nation branding suédois

septembre 24, 2010

La réputation mondiale de la Suède passait pour un cas d’école de Nation branding, avec ses Ikea, son système éducatif, son libéralisme, sa tolérance, sa fibre écologiste. Le dernier résultat électoral en date a passablement ternie cette admirable image en donnant une percée historique de l’extrême droite. Mais Abba, le groupe pop planétairement connu icône de la swedish touch, a tenté de sauver la face en interdisant, à grand bruit, au mouvement d’extrême droite Parti du peuple danois d’utiliser son tube Mamma Mia pendant des réunions.

«Nous avons appris que le Parti du peuple danois avait utilisé la chanson Mamma Mia alors qu’Abba interdit que sa musique soit utilisée à des fins politiques», a déclaré un responsable de Universal Music à Stockholm, Olle Rönnbäck. «Nous leur avons dit de cesser immédiatement et le parti nous a répondu qu’il n’utiliserait plus la chanson», a-t-il ajouté. Le parti d’extrême droite utilisait la chanson en modifiant Mamma Mia en Mamma Pia, en l’honneur de son chef Pia Kjaersgaard. La chanson a été jouée au cours de réunions internes dans les bureaux de la direction du parti, et non au cours de réunions publiques, mais Abba a considéré qu’il y avait néanmoins un contexte politique. Olle Rönnbäck a assuré que le parti, contacté par e-mail, avait immédiatement reconnu sa faute et s’était excusé. De son côté, Universal considère l’affaire comme classée, a-t-il ajouté.Abba connut une renommée mondiale en remportant le concours Eurovision de la chanson en 1974 avec Waterloo. En mars dernier le groupe suédois est entré au Rock and Roll Hall of Fame de New York.

(Source AFP)

Afghan star, l’entertainement chez les Talibans

juin 2, 2010

Un documentaire saisissant et un cas extrême de re-territorialisation d’une forme médiatico-culturelle globale ou l’histoire de l’inculturation du radio crochet télévisé dans le bourbier afghan. Le film d’Havana Marking, se focalise sur quatre finalistes du concours télévisé de chansons et débute par la course de deux enfants en haillons, rentrant visiblement des champs, qui galopent pour rejoindre en retard un groupe de plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents agglutinés à un poste de télévision diffusant la fameuse émission « Afghan Star ».

Rien ne manque dans ces cinquante minutes pour illustrer à la fois l’absurdité de la situation, l’immense espoir déçu de la candidate délurée qui a risqué sa vie, au sens propre, sur un déhanchement un peu prononcé et une chevelure découverte, le kitch improbable des candidats, la ténacité des producteurs décidés, avec une naïveté touchante, à faire de la musique un ciment inter-ethnique, les Ulémas terriblement sourcilleux qui font pression sur Tolo TV pour interdire la danse à la télévision, la musique ayant été de nouveau autorisée en 2004 une fois les Talibans chassés des villes, l’humour des simples bergers dont « même les moutons » ont le ventre noué au moment de la finale, qui sera d’ailleurs suivie par le tiers de la population du pays, soit 11 millions de téléspectateurs.

Si le film n’évoque à aucun moment le modèle économique du concept basé sur le vote pas sms et numéros surtaxés pour le plus grand bénéfice de l’opérateur Roshan, ainsi que la procédure de désignation des vainqueurs qui semble assez peu contrôlée, ce documentaire demeure un témoignage très intéressant, et même à certains égards émouvant, de l’impact de la globalisation culturelle des formats télévisés occidentaux sur un pays très jeune (45% de moins de 14 ans, 17, 6 ans d’âge médian) marqué par des décennies de violence, ainsi que les déplacements produits par de telles formes culturelles dans le paysage religieux, ethnique, musical, sociologique et économique.

Ces qualités n’ont d’ailleurs pas échappé aux théoriciens de la diplomatie publique, puisqu’il a été présenté avec enthousiasme par l’ambassadrice Cynthia Schneider au symposium TEDglobal 2009.

(Royaume Uni , 2008, 52mn), www.afghanstardocumentary.com

ARTE, Date(s) de diffusion: Lun., 7. juin 2010, 09h15

Lady Gaga et la paix au Proche-orient

avril 2, 2010

Dans un papier du Wall Street Journal au titre un peu décalé, Bret Stephans commente les polémiques récentes qui émaillent les relations israélo-américaine et leur impact sur le conflit israélo-palestinien. L’auteur attire ici l’attention sur le rôle du facteur culturel dans la perception que chaque protagoniste se fait de son vis à vis.

Il y fait donc mention des écrits des années cinquante de l’égyptien Sayyid Qutb, considéré comme un des théoriciens de la nébuleuse islamiste. Etudiant à Chicago, cet intellectuel a produit une somme théologique de trente volumes et passe pour un  des principaux chroniqueurs de la décadence occidentale des trente glorieuses et de son instrumentalisation : « un peuple qui atteint des sommités dans les domaines de la science et du travail, cependant qu’il est au stade primitif dans les domaines des sentiments et du comportement, ne dépassant guère l’état de la première humanité, voir plus bas encore dans certains aspects sentimentaux et comportementaux. », écrit-il.

Dans cette description de la dégénérescence  américaine des années 50, la musique tient une part importante, notamment le jazz, qu’il n’hésite pas à imputer aux « plusions sauvages » des hommes de la savane. La femme américaine concentre aussi l’essentiel de la haine anti-occidentale distillée par Sayyid Qutb, dont Bret Stephans affirme qu’elle constitue une doxa suffisamment répandue pour influencer la perception de l’Occident judéo-chrétien du Waziristan à Tehran et Gaza.

Dans ce contexte, l’auteur s’interroge sur l’influence des frasques des video clips et de l’iconographie kitsch, érotique et dégantée véhiculée par Lady Gaga, immédiatement globalisée par les réseaux satellitaires et internet. Une sorte de soft power inversé et carnavalesque.

Hyper-concert pour la paix à Pékin en avril

janvier 17, 2010

Mise à jour 4 avril : report du concert pour la paix en octobre 2010

Le buzz commence à se répandre : Rick Garson un des principaux producteurs américains, entre autres du World Music Awards, annonce un concert pour la paix hors norme à Pékin le 17 avril prochain. L’affiche serait à la hauteur de l’évènement mondial avec la venue confirmée de Jimmy Page et de stars comme Beyoncé, Coldplay Green Day, Kanye West, ou encore Lady Gaga. Le mega-show se tiendrait dans le fameux stade national de Pékin en nid d’oiseau, sans doute plus douillet que les vastes espaces venteux de la place Tiananmen.

Les 50 000 tickets seraient gratuits mais les retombées des droits télévisuels sont d’ores et déjà annoncées comme faramineuses pour un évènement qui peut espérer dépasser le milliard de téléspectateurs.

Malgré les superlatifs déjà employés par la presse américaine, les autorités de Pékin, en terme de gigantisme en ont vu d’autres. Elles n’avaient pas hésité une seconde à annuler une tournée d’Oasis en 1997 pour suspicion de pro-tibétisme d’un des membres.

Rock Garson veut croire, sans doute avec raison, que les temps ont changé. En effet, la Chine a montré comment elle a su tirer les leçons des bénéfices de ce genre de manifestations en terme d’image.

« We’re doing it to raise global awareness of what good is coming out of China. [The government is] looking at this as the branding of the new China: red China going green. »

Le concept de Garson, chef d’œuvre de bons sentiments se résume à la formule : Peace = Green + No War + Water + Food + Health + Education, et s’accomode assez bien de la stratégie de soft power du régime chinois qui devient après les JO de Pékin de 2008, l’exposition universelle de Shanghaï un des principaux pôles de la culture globalisée du sport, de l’innovation et de l’entertainement.

Charivari écologique pour le sommet de Copenhague

décembre 6, 2009

Ce 5 décembre, à l’approche du sommet de Copenhague, un collectif de 11 associations écologistes ont renoué avec la vieille tradition du charivari, qui consiste à occuper l’espace sonore publique. Ainsi, des flash mob ont été convoquées à travers le monde à 12h18 (retournement du 18/12 date de clôture du sommet) pour « faire du bruit pour le climat » avec grand renfort de casseroles et autres ustensiles.

Une occasion pour évoquer l’importance de ce rite carnavalesque qui consistait au Moyen Age à huer publiquement des veufs, des veuves ou des nouveaux mariés. L’étymologie du mot, attesté dès le début du XIVème siècle, se rapporte au mal de tête (caribaria). Le terme « noise » du moyen français associe le bruit à la querelle et la protestation par diverses expressions encore en cours comme « chercher des noises à quelqu’un ». C’est aussi la racine de « noise » an anglais.

On se rappellera une illustration étonnante de l’association entre bruit et violence sociale notamment avec la fameuse révolution des casseroles qui ébranla l’Argentine en 2001-2002.

Si la littérature ethnologique est assez abondante sur le lien entre le charivari et les rites de remariages, l’intrusion du bruit comme mode d’expression sur la scène internationale et dans la globalisation culturelle (par exemple, la campagne « make some noise » d’Amnesty international pour le Darfour en 2007) reste encore à étudier.

L’ONU réédite ‘Give peace a chance’ de Lennon

novembre 4, 2009

Presse-papiers-6Les fils du chanteur des Beatles John Lennon et sa veuve Yoko Ono ont offert de verser le produit des ventes de la réédition de la chanson « Give peace a chance » au Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, a annoncé mardi le président de le Commission de consolidation de la paix (CCP), Heraldo Muñoz.

A l’occasion de la célébration du quarantième anniversaire de la sortie de cette chanson, Yoko Ono et son groupe le Plastic Ono Band ont enregistré une nouvelle version de la chanson coécrite par elle-même et John Lennon en 1969 en signe de protestation contre la guerre du Viet Nam.

La chanson fut enregistrée à Montréal le 1er juin 1969, lors du fameux Bed-in tenu dans une chambre de l’hôtel Reine Elisabeth. Depuis sa parution, la chanson est devenue l’hymne pacifiste d’une génération, notamment le 15 octobre 1969, à Washington, quand elle fut chantée par près d’un demi-million de manifestants contre la guerre du Vietnam.

M. Muñoz a expliqué que le public pourrait acheter et télécharger « Give peace a chance » en exclusivité sur le site commercial d’Apple et que le produit de la vente ira directement au Fonds, et ce jusqu’au 31 décembre 2009, a-t-il précisé.

« Je suis ravi qu’une chanson si intimement liée à la paix donne un coup de projecteur sur les efforts de maintien de la paix de l’ONU et apporte un appui financier aux projets du CCP », a dit M. Muñoz.

Il a rendu hommage à Yoko Ono, « une amie de longue date de la paix dans le monde et des Nations Unies ». Il a indiqué que ce don, « dont il est difficile d’anticiper le montant », résultait de la volonté de la Commission de frapper à d’autres portes qu’à celle des États Membres pour mobiliser des fonds.

Depuis sa création en 2005, la CCP appuie la reconstruction et le développement de quatre pays sortant d’un conflit, la Sierra Leone, le Burundi, la République centrafricaine et la Guinée-Bissau. Le Fonds de consolidation de la paix, qui a déjà levé plus de 300 millions de dollars, apporte en outre une aide significative à 14 pays au total, dont le Kenya, Haïti, le Népal ou encore la Côte d’Ivoire.

M. Munoz a insisté sur la nécessité d’aider ces pays à prévenir la reprise du conflit, car « un pays post conflit sur trois dont est saisi le Conseil de sécurité replonge dans la guerre cinq ans après la signature d’un accord de paix ».

Selon lui, il est « essentiel » que des personnalités de l’envergure de Yoko Ono s’engagent pour attirer l’attention vers des pays en transition qui ne font plus les gros titres de la presse.

Source : Centre d’actualité de l’ONU

Premier concert d’un orchestre symphonique indonésien en Australie

août 23, 2009

Presse-papiers-10Le 21 juillet 2009, le Twilite Orchestra, plus important orchestre symphonique d’Indonésie, s’est produit au fameux opera de Sydney avec un concert intitulé « Indonesia – A Touch of Harmony ».

La presse de Jakarta a salué cet évènement, financé par le gouvernement indonésien, comme une reconnaissance internationale de cet orchestre et plus largement comme une réussie opération de diplomatie culturelle et de promotion du tourisme en Indonésie.

Pourtant la tradition symphonique en Indonésie est ancienne comme le souligne un article du Jakarta Post.

L’orchestre a exécuté, entre autres, la pièce Tabuh-Tabuhan (1936) du compositeur canadien Colin McPhee qui transposa la musique balinaise dans le langage symphonique occidentale.

le Twilite Orchestra s’inspire aussi de la fameuse section du Boston Symphony Orchestra, le Boston Pops, chef d’oeuvre du cross-over entre répertoire symphonique et pop music. A ce titre, il a accompagné au cours de son concert de Sydney la lauréate 2006 d’Australian Idol, Jessica Mauboy, associant ainsi diplomatie culturelle, promotion de l’industrie touristique, large couverture médiatique, reconnaissance artistique et entertainement.

Un chef d’oeuvre de soft power !

Les Paul, le créateur de l’emblême universel du rock ‘n roll

août 15, 2009

les paulCoca Cola a sa bouteille, Mac Donald son hamburger, le rock ‘n roll sa guitare électrique… Gibson Les Paul (ou éventuellement la stratocaster de la marque ennemie Fender, avec Eric Clapton comme principal VRP).

La disparition de l’éminent guitariste Les Paul à l’âge respectable de 94 ans (comme quoi toutes les icônes du rock n’ont pas de mort tragique prématurée), nous rappelle combien la culture musicale contemporaine est liée à l’industrialisation et la reproduction à grande échelle d’objets bon marché déclinés en séries plus ou moins limitées.

Quel meilleur exemple, alors que l’on commémore en grandes pompes les 40 ans de Woodstock, pour nous rappeler que la soit disante subversion du rock est en fait totalement articulée à la plus mécanique et industrielle reproduction et commercialisation mondiale d’objet de consommation.

Par un paradoxe étonnant, la guitare électrique, objet transitionnel par excellence des premières générations adolescentes, associe l’image de liberté et de transgression avec l’aliénation à la technologie, le consumérisme et le conformisme culturel de masse.

D’ailleurs, est-ce une volonté de la marque Gibson et une campagne de relations presse particulièrement soignée, mais on semble ne retenir malheureusement de Les Paul que sa paternité de l’objet plutôt que son talent de musicien.