Country, Islam et diplomatie publique

mai 22, 2010

Il y a un mois, le 23 avril, le bureau du porte-parole du département d’État américain annonçait la première tournée d’un artiste de country musulman au Moyen Orient. Kareem Salama, le nouvel ambassadeur culturel américain au Moyen Orient, vient en effet d’achever une tournée en Egypte, Maroc, Koweit, Bahrein, Syrie, « Jérusalem » et Jordanie. Le département d’État explique que dans le sillage du discours du Caire d’Obama, ses services s’emploient à promouvoir un jeune artiste musulman porteur de la culture américaine :

The Kareem Salama Tour is designed to bring to audiences in the Middle East a rising American musical talent, representative of America’s diversity of faith and heritage, who can serve as a bridge between Americans and the peoples of the Middle East. Funding for the tour is being provided by the State Department’s Bureau of Educational and Cultural Affairs and the Bureau of Near Eastern Affairs’ Office of Press and Public Diplomacy.

La machine de diplomatie publique a tourné à plein régime puisque cette tournée a bénéficié de la couverture des principaux network, dont CNN et ABC

Elton John privé de pyramides

mai 6, 2010

Les saillies récentes d’Elton John sur l’homosexualité supposé du Christ et son militantisme pro-gay ont eu raison de son prochain concert en Égypte programmé pour le 18 mai.

En effet, plusieurs médias (ici, ici et ici) rapportent que la direction de l’Union des musiciens d’Egypte (EMU), qui contrôle les autorisations des chanteurs étrangers de se produire dans le pays, a en effet estimé les opinions de Sir Elton incompatibles avec la mentalité de la République arabe. Son président Mounir al-Wasimi a ainsi justifié cette décision par le fait qu’«Un homosexuel qui veut interdire les religions, a clamé que le prophète Issa [le nom coranique de Jésus, ndlr] était homosexuel, et qui appelle les pays du Moyen-Orient à autoriser les gays à bénéficier d’une liberté sexuelle ne peut pas se produire».

Pourtant en 2008, Elton John s’était produit aux Emirats Arabes Unis sans difficultés. Le 26 mai, il doit participer à un festival à Rabbat au Maroc, il sera intéressant de voir l’attitude des autorités royales à ce sujet. (Mise à jour : Le concert a bien eu lieu devant 40 000 personnes).

Le Sénégal, l’indépendance, la musique et l’oncle Sam

avril 29, 2010

Belle offensive de l’ambassade américaine à Dakar qui programme pour le 12 mai un concert gratuit pour « la paix, la tolérance et l’entente » avec le gotha des stars sénégalaises : Dug E-Tee et Didier Awadi du PBS, Titi, Ma Sané, Abdou Guité Seck, Youssou Ndour, Baaba Maal, Omar Pène, Pape Diouf, Mame Balla, Abou Thiouballo, Carlou D, la chorale de Julien Jouga, un groupe de musique islamique (Darou Salam), Dj Xuman, etc.

Pas moins de 60 000 tickets ont été distribués gratuitement, essentiellement dans les lycées et universités, pour remplir le stade Léopold Sédar Senghor et célébrer l’unité nationale  en mettant notamment en avant la diversité religieuse des artistes : « Ce sera la première fois qu’on associera, pour un concert, des rappeurs sénégalais, la chorale chrétienne de Julien Jouga et notre groupe de musique islamique », a ainsi souligné Papa Djimbira Sow, chanteur de la formation religieuse Nourou Salam.

Alors que les pays d’Afrique équatoriale fêtent cette année pour la plupart le cinquantenaire de leur indépendance, cette initiative américaine sur le territoire d’un fleuron de la francophonie est assez habile. D’ailleurs le communiqué de presse annonçant la conférence de presse, nous apprend que ce concert « at home » a été précédé de ceux déjà organisés et réussis au Skirball Center de l’Université de New York et au Cramton Auditorium à Howard University de Washington DC respectivement le 8 et le 12 avril dernier en faveur de la diaspora sénégalaise et de la jeunesse américaine.

Un pavé dans la sacro-sainte zone d’influence et un pied de nez à la diplomatie culturelle française un peu compassée et romantique de l’éminent ambassadeur-écrivain Jean-Christophe Rufin. Une simple visite sur le site de l’ambassade de France au Sénégal permet d’ailleurs de mesurer l’ampleur considérable de l’actualité culturelle d’un des postes les plus prestigieux de notre diplomatie !

Divertissement ou culture, pop « mainstream » ou decorum diplomatique, deux écoles, deux histoires et un cinquantenaire d’indépendance…

L’hymne de l’expo universelle de Shanghai 2010 est un plagiat !

avril 25, 2010

Source : Aujourd’hui la Chine

Les organisateurs de Shanghai 2010 ont demandé a posteriori à une star de la pop japonaise d’utiliser l’une de ses chansons après que des internautes aient découvert de grandes ressemblances avec l’hymne de l’Exposition universelle.

Les organisateurs de Shanghai 2010, désireux de promouvoir l’Exposition universelle et de donner une bonne image de leur ville, n’ont pas lésiné sur les moyens. Sur le modèle de « Beijing welcomes you », l’hymne des J.O 2008, le clip de « Right here waiting for you 2010 », met en scène plusieurs grandes stars chinoises et de nombreux figurants devant les bâtiments emblématiques de l’Exposition. Jackie Chan, le chanteur cantonais Andy Lau et le héros du basket national Yao Ming, tous s’en donnent à cœur joie, reprenant la main sur le cœur cette chanson épique.

Mais après un lancement tonitruant, il n’aura pas fallu longtemps avant que des internautes attentifs fassent le parallèle avec « If you are still in», un hit de la japonaise Mayo Okamoto, daté de 1997. (Voir l’original)

Le buzz a alors commencé à monter sur les forums chinois et les médias japonais se sont également faits l’écho de l’affaire. En réponse, les organisateurs de l’Expo ont donc décidé samedi 17 avril, à presque deux semaines de l’inauguration, de suspendre « temporairement » l’utilisation de la chanson. Dans un communiqué, ils expliquent que « l’auteur de cette chanson a signé un contrat avec l’Exposition universelle, assurant que son travail ne transgressait pas le droit d’auteur d’une tierce partie ». « Nous nous occupons actuellement de cette affaire, et nous nous efforçons de la résoudre », a déclaré pour sa part le directeur adjoint du bureau de l’Exposition, M. Huang Jian, cité par le China Daily.

Ils ont en parallèle demandé à Mayo Okamoto la permission d’utiliser sa chanson, ce qu’elle a accepté, se disant « honorée d’avoir la chance de coopérer avec l’Expo de Shanghai, à laquelle le monde entier s’intéresse » rapporte Kyodo News.

Selon l’agence de presse japonaise, le secrétariat de l’Exposition reconnaît dans sa demande qu’il s’agit de plagiat. Les deux parties doivent prochainement discuter des détails de l’utilisation de la chanson.

Somalie, interdiction des cloches et de la musique

avril 15, 2010

Une dépêche AFP signale qu’un groupe d’islamistes radicaux somaliens, les shebab, a interdit aux écoles de la ville de Jowhar, à 90 km au nord de Mogadiscio, de sonner les cloches marquant le début des cours :

« La cloche qu’ils sonnent pour rassembler les élèves en cours est contraire à l’Islam. Nous savons que sonner les cloches est l’apanage des églises chrétiennes », a déclaré à la presse à Jowhar Cheikh Farah Kalr. Cette mesure, localisée, intervient deux jours après l’expiration d’un ultimatum lancé par un autre groupe d’insurgés islamistes, Hezb al-Islam, interdisant sur les radios de Mogadiscio toute forme de musique, jugée « maléfique ».

Ces deux groupes, qui contrôlent la quasi-totalité du centre et du sud de la Somalie et entendent instaurer un Etat islamique en Somalie sur les bases d’une interprétation très rigoriste de la loi islamique, la Charia.

Ces derniers mois, en divers endroits du pays, des habitants surpris en train de danser sur des musiques traditionnelles ont été fouettés, des hommes arrêtés pour avoir taillé leur barbe et des jeunes réprimandés pour avoir joué au football en short.

La télévision par satellite est proscrite dans de nombreuses régions tandis que les cinémas ont été fermés dans le centre et le sud de la Somalie.

Bob Dylan persona non grata à Pékin

avril 4, 2010

Le pape du protest song est tombé sur un os à Pékin. Le ministère de la culture de l’Empire du milieu n’a pas délivré d’autorisation officielle à quelques jours du concert qu’il s’apprêtait à donner le 8 avril à Pékin dans le cadre d’une tournée asiatique (Hong Kong, Taiwan, Japon, Corée du sud).

Le porte parole Taiwanais de la société de production Brokers Brothers Herald invoque le passé d’icône de la contreculture comme raison officieuse de l’annulation par les autorités chinoises. Un article du Guardian, rappelle le précédant de Björk qui avait proféré quelques slogans pro-tibétains lors d’un concert à Sanghai en mars 2008. Les chinois ont bonne mémoire, il était arrivé la même déconvenue à Oasis qui s’était vu informer fin février 2009 de l’annulation de leur prestation d’avril lors des festivités du 60ème anniversaire de la République populaire car douze ans auparavant, ils avaient eu la mauvaise idée de jouer lors d’un concert de soutien pour le Tibet.

Cette annulation aura raison de la suite de la tournée Never ending Tour en Asie. Espérons pour les européens, que la phase européenne de la tournée sera maintenue en juin 2010.

Lady Gaga et la paix au Proche-orient

avril 2, 2010

Dans un papier du Wall Street Journal au titre un peu décalé, Bret Stephans commente les polémiques récentes qui émaillent les relations israélo-américaine et leur impact sur le conflit israélo-palestinien. L’auteur attire ici l’attention sur le rôle du facteur culturel dans la perception que chaque protagoniste se fait de son vis à vis.

Il y fait donc mention des écrits des années cinquante de l’égyptien Sayyid Qutb, considéré comme un des théoriciens de la nébuleuse islamiste. Etudiant à Chicago, cet intellectuel a produit une somme théologique de trente volumes et passe pour un  des principaux chroniqueurs de la décadence occidentale des trente glorieuses et de son instrumentalisation : « un peuple qui atteint des sommités dans les domaines de la science et du travail, cependant qu’il est au stade primitif dans les domaines des sentiments et du comportement, ne dépassant guère l’état de la première humanité, voir plus bas encore dans certains aspects sentimentaux et comportementaux. », écrit-il.

Dans cette description de la dégénérescence  américaine des années 50, la musique tient une part importante, notamment le jazz, qu’il n’hésite pas à imputer aux « plusions sauvages » des hommes de la savane. La femme américaine concentre aussi l’essentiel de la haine anti-occidentale distillée par Sayyid Qutb, dont Bret Stephans affirme qu’elle constitue une doxa suffisamment répandue pour influencer la perception de l’Occident judéo-chrétien du Waziristan à Tehran et Gaza.

Dans ce contexte, l’auteur s’interroge sur l’influence des frasques des video clips et de l’iconographie kitsch, érotique et dégantée véhiculée par Lady Gaga, immédiatement globalisée par les réseaux satellitaires et internet. Une sorte de soft power inversé et carnavalesque.

We are the world 25, l’art du remake

février 25, 2010

Sans faire de mauvais esprit à outrance, force est de constater que l’intervention humanitaire américaine à Haïti suite au tremblement de terre n’est pas totalement dénuée d’intérêt géostratégique, comme en témoigne cet article du sérieux Washington Post. Qu’il s’agisse de déploiement militaire, d’outils de diplomatie publique (le site 2010 Earthquake in Haiti) ou de prosélytisme des ONG religieuses, le dispositif de sauvetage d’Haiti par le grand frère américain force le respect.

Le remake, 25 ans après, du fameux « We are the world » s’inscrit dans ce contexte  de mélange de bons sentiments, de géopolitique et de buisness. Le clip réactualisé avec le gotha de l’entertainement américain est d’une étrange conformité par rapport à l’original. Une tradition, voire un rite, s’instituerait-il ?  Même image du melting pot américain, même métaphore du leadership américain sublimé par l’hymnodie, et pour tout dire même sentiment religieux et congrégationniste qui se dégage de ces plans hyper-redondants assez clairement inspirés du télévangélisme. Musicalement, il serait intéressant de comparer la facture musicale et textuelle de « We are the world » avec le répertoire musical de worship évangélique.

Trois éléments sont cependant à remarquer dans ce remake. En premier lieu, « l’apparition » de Mickaël Jackson comme figure tutélaire et inspiratrice, l’insertion dans le clip de plans enregistrés à Haïti où les victimes communient vocalement avec les stars américaines et enfin l’ombre tournoyante des hélicoptères des Marines dont on ne sait pas très bien si cette allégorie du hard power est là pour rassurer ou inquiéter.

Le Centre des musiques noires, collaboration franco-brésilienne

février 12, 2010

Une fois n’est pas coutume, une « année culturelle » laissera peut-être une trace pérenne sur le plan diplomatico-culturel. En effet, l’établissement du premier musée des musiques noires est annoncée à Salvador de Bahia pour décembre 2010.

Projet ambitieux et inédit, le Centre des Musiques Noires utilisera les dernières innovations technologiques. Dans ce musée sans objets, le contenu artistique sera présenté grâce à des installations sensorielles et interactives. Conçu de manière ludique, le Centre des Musiques Noires démocratisera l’accès à la culture, à travers la musique.

Intégré dans le Museu do Ritmo, le Centre des Musiques Noires proposera des salles d’exposition permanentes et temporaires, un Centre de recherche et de documentation en ligne, des cafés, restaurants, et des espaces de concerts et de conférences…

Le Centre des Musiques Noires est une coopération franco-brésilienne, sous l’impulsion de Mondomix, Carlinhos Brown (Pracatum) et l’Etat de Bahia avec le soutien du Ministère de la Culture du Brésil.

Dans le cadre de l’année de la France au Brésil, le Centre des Musiques Noires ouvrira ses portes le 12 novembre 2009 pour une exposition de préfiguration temporaire (de deux mois), présentant le projet en développement grâce à des installations multimédia.

Le Centre des Musiques Noires a pour objectifs de:

– Créer le premier Centre Culturel International Multimédia, sensoriel et interactif sur les Musiques Noires, accessible à tous les publics ;
– Mettre en valeur et diffuser le patrimoine musical, culturel et l’histoire des populations Noires de Salvador et du monde ;
– Dynamiser l’activité culturelle et touristique de la ville de Salvador ;
– Consacrer Salvador comme la capitale culturelle des Musiques Noires.

Hyper-concert pour la paix à Pékin en avril

janvier 17, 2010

Mise à jour 4 avril : report du concert pour la paix en octobre 2010

Le buzz commence à se répandre : Rick Garson un des principaux producteurs américains, entre autres du World Music Awards, annonce un concert pour la paix hors norme à Pékin le 17 avril prochain. L’affiche serait à la hauteur de l’évènement mondial avec la venue confirmée de Jimmy Page et de stars comme Beyoncé, Coldplay Green Day, Kanye West, ou encore Lady Gaga. Le mega-show se tiendrait dans le fameux stade national de Pékin en nid d’oiseau, sans doute plus douillet que les vastes espaces venteux de la place Tiananmen.

Les 50 000 tickets seraient gratuits mais les retombées des droits télévisuels sont d’ores et déjà annoncées comme faramineuses pour un évènement qui peut espérer dépasser le milliard de téléspectateurs.

Malgré les superlatifs déjà employés par la presse américaine, les autorités de Pékin, en terme de gigantisme en ont vu d’autres. Elles n’avaient pas hésité une seconde à annuler une tournée d’Oasis en 1997 pour suspicion de pro-tibétisme d’un des membres.

Rock Garson veut croire, sans doute avec raison, que les temps ont changé. En effet, la Chine a montré comment elle a su tirer les leçons des bénéfices de ce genre de manifestations en terme d’image.

« We’re doing it to raise global awareness of what good is coming out of China. [The government is] looking at this as the branding of the new China: red China going green. »

Le concept de Garson, chef d’œuvre de bons sentiments se résume à la formule : Peace = Green + No War + Water + Food + Health + Education, et s’accomode assez bien de la stratégie de soft power du régime chinois qui devient après les JO de Pékin de 2008, l’exposition universelle de Shanghaï un des principaux pôles de la culture globalisée du sport, de l’innovation et de l’entertainement.